Le commerce maritime mondial dépend d'un nombre limité de passages géographiques étroits, où la concentration du trafic crée des points de vulnérabilité stratégique. Ces détroits, parfois larges de quelques kilomètres seulement, conditionnent l'acheminement du pétrole, du gaz et des marchandises entre les grandes zones économiques mondiales.
Les verrous du commerce énergétique
Le détroit d'Ormuz, entre l'Iran et la péninsule arabique, reste le plus surveillé en raison du volume de pétrole qui y transite chaque jour. Le détroit de Malacca, entre l'Indonésie, la Malaisie et Singapour, joue un rôle équivalent pour les flux énergétiques et commerciaux entre le Moyen-Orient et l'Asie de l'Est, notamment vers la Chine, le Japon et la Corée du Sud.
Les passages reliant les grands bassins maritimes
Le détroit de Gibraltar relie la Méditerranée à l'Atlantique et constitue un point de passage obligatoire entre l'Europe et l'Afrique du Nord. Bab el-Mandeb, entre le Yémen et la corne de l'Afrique, ouvre l'accès à la mer Rouge et au canal de Suez, formant avec ce dernier la route la plus directe entre l'Asie et l'Europe.
Des passages moins connus mais tout aussi sensibles
Le détroit de Bosphore, contrôlé par la Turquie, relie la mer Noire à la Méditerranée et revêt une importance accrue depuis la guerre en Ukraine pour les exportations céréalières et énergétiques de la région. Le détroit de Bering, entre la Russie et les États-Unis, ou encore le détroit de Bonifacio en Méditerranée, illustrent la diversité des enjeux associés à ces passages, tantôt commerciaux, tantôt militaires.
Tous ces détroits partagent un point commun : leur étroitesse géographique en fait des cibles privilégiées en cas de tension militaire, et leur fermeture, même temporaire, peut provoquer des effets en cascade sur les prix mondiaux de l'énergie et des matières premières.
Le contrôle de quelques kilomètres d'eau suffit parfois à influencer l'économie mondiale tout entière. Nasser AL SABRI, Analyses Géopolitiques