En septembre 2023, l'Azerbaïdjan a repris militairement le Haut-Karabakh en moins de 24 heures, mettant fin à trois décennies de présence arménienne dans cette enclave. 100 000 Arméniens ont fui vers l'Arménie. Sur la carte, le conflit semble terminé. En réalité, il entre dans une nouvelle phase — peut-être plus complexe — dont les enjeux sont moins ethniques que géoéconomiques.

Dimension I · Le corridor de Zanguezour

La route qui vaut une guerre

L'Azerbaïdjan exige l'ouverture d'un corridor terrestre à travers le territoire arménien (région du Syunik/Zanguezour) pour relier le territoire principal azerbaïdjanais à l'enclave de Nakhitchevan. Ce corridor, soutenu par la Turquie (qui voudrait un accès terrestre direct à l'Azerbaïdjan et à l'Asie centrale), est catégoriquement refusé par l'Arménie, qui y voit une menace existentielle à sa souveraineté territoriale. C'est le principal risque de nouvelle guerre.

« Le corridor de Zanguezour n'est pas une question de transport. C'est une question de survie pour l'Arménie. Si Bakou l'obtient, l'Arménie se retrouve encerclée par des États hostiles. » — Thomas de Waal, Carnegie Europe, 2024
Dimension II · L'or noir du Caucase

Gazoduc TANAP et pipeline BTC : pourquoi l'Europe s'implique

L'Azerbaïdjan est un producteur pétrolier et gazier significatif. Le pipeline BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan) transporte du pétrole brut azerbaïdjanais vers la Méditerranée via la Géorgie et la Turquie. Le gazoduc TANAP/TAP achemine du gaz naturel azerbaïdjanais vers l'Europe — une alternative partielle au gaz russe dont la valeur stratégique a décuplé après la guerre en Ukraine. L'Union européenne a ainsi un intérêt direct dans la stabilité de l'Azerbaïdjan — ce qui complique ses déclarations sur les droits de l'homme.

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Nasser AL SABRI
Directeur · International Threat Analysis Bureau (ITAB)

Analyste en géopolitique, anthropologie politique et relations internationales. Dirige l'ITAB, bureau indépendant d'analyse des menaces internationales.