La France est la seule puissance nucléaire de l'Union européenne depuis le Brexit. Elle dispose d'une force de frappe composée de sous-marins nucléaires lanceurs d'engins et de missiles balistiques aéroportés — une dissuasion «strictement nationale» selon la doctrine officielle. Mais la guerre en Ukraine et les doutes sur la garantie américaine ont relancé un débat longtemps tabou : Paris devrait-elle étendre sa dissuasion à ses partenaires européens ?

Chapitre I · La doctrine française

La dissuasion française : intransférable par construction

La doctrine nucléaire française est fondée sur deux principes : la stricte suffisance (assez pour dissuader, pas plus) et l'indépendance totale de décision (le Président seul décide). Cette architecture a été conçue précisément pour éviter que la dissuasion dépende d'un allié — que cet allié soit américain ou européen. L'étendre à l'Europe exigerait de modifier ce deuxième principe, ce qui est à la fois techniquement complexe et politiquement explosif en France.

« On ne partage pas la dissuasion nucléaire comme on partage un budget. La crédibilité repose sur la certitude que la décision sera prise. Dès qu'on introduit un doute, on détruit la dissuasion. » — Bruno Tertrais, Fondation pour la Recherche Stratégique, 2025
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Nasser AL SABRI
Directeur · International Threat Analysis Bureau (ITAB)

Analyste en géopolitique, anthropologie politique et relations internationales. Dirige l'ITAB, bureau indépendant d'analyse des menaces internationales.