L'OTAN a soixante-quinze ans. Elle a survécu à la fin de la guerre froide, aux doutes des années 1990, aux guerres d'Afghanistan et d'Irak qui ont fracturé l'alliance, et au premier mandat de Donald Trump qui en avait ouvertement contesté la valeur. Mais la question qui se pose aujourd'hui est d'une nature différente : peut-elle fonctionner si son membre le plus puissant décide de ne plus en être le garant ultime ?
La garantie américaine : de l'automatique au conditionnel
L'article 5 du traité de Washington stipule qu'une attaque contre un membre est considérée comme une attaque contre tous. Mais il ne précise pas la nature de la réponse — c'est l'ambiguïté calculée qui a fondé la dissuasion pendant soixante ans. Trump a explicitement mis en doute cette garantie lors de son second mandat, déclarant qu'il n'interviendrait pas automatiquement pour des alliés qui ne paient pas les 2% du PIB convenus. Cette conditionnalité — même implicite — transforme fondamentalement la nature de l'alliance.
« L'OTAN sans les États-Unis, c'est une alliance de puissances moyennes face à une puissance nucléaire. Le rapport de force est entièrement différent. » — François Heisbourg, Fondation pour la Recherche Stratégique, 2025
Le réarmement européen : réel mais insuffisant
La guerre en Ukraine a provoqué un sursaut budgétaire sans précédent. L'Allemagne a annoncé un fonds spécial de 100 milliards d'euros pour son armée. La Pologne porte son budget de défense à 4% du PIB — le plus élevé de l'OTAN. Les États baltes, la Finlande et la Suède (désormais membre) accélèrent leurs programmes d'armement. Mais ce réarmement reste insuffisant pour compenser l'éventuel retrait américain : les États-Unis représentent encore 70% des dépenses militaires de l'OTAN.