Dans son Historia du Péloponnèse, Thucydide écrit que c'est «la montée en puissance d'Athènes et la crainte que cela a inspirée à Sparte» qui a rendu la guerre inévitable. Graham Allison a popularisé ce concept sous le nom de «piège de Thucydide» dans son livre de 2017 : sur 16 cas historiques où une puissance émergente a défié une puissance établie, 12 ont abouti à une guerre. La question est de savoir si la relation sino-américaine est en train d'en devenir le 17e cas.
Thucydide, Allison et les limites de l'analogie
L'analogie thucydidéenne est séduisante mais imparfaite. La dissuasion nucléaire réciproque entre les États-Unis et la Chine crée une contrainte sans équivalent dans l'Antiquité grecque. La profondeur de l'interdépendance économique — 650 milliards de dollars d'échanges annuels — produit des coûts à la guerre que Sparte et Athènes n'avaient pas à considérer. Et la Chine de Xi Jinping n'est pas une puissance révisionniste cherchant à renverser l'ordre mondial — elle cherche à en modifier les règles à son avantage tout en en bénéficiant.
« La guerre entre les États-Unis et la Chine n'est pas inévitable. Mais elle n'est pas non plus impossible. Et c'est précisément cette zone d'incertitude qui est dangereuse — parce qu'elle laisse de la place aux erreurs de calcul. » — Graham Allison, Harvard Kennedy School, 2024
La compétition militaire en Indo-Pacifique
L'Indo-Pacifique est devenu le principal théâtre de la compétition sino-américaine. La Chine a construit et militarisé des récifs artificiels en mer de Chine méridionale, développé une marine de haute mer, déployé des capacités anti-accès/déni de zone (A2/AD) destinées à compliquer toute intervention américaine dans la région. Les États-Unis ont répondu par AUKUS, le renforcement du Quad, et la multiplication des accords de défense avec les Philippines, le Japon et la Corée du Sud.