En 2022, les économistes occidentaux prédisaient un effondrement rapide de l'économie russe sous le poids des sanctions sans précédent imposées après l'invasion de l'Ukraine. En 2026, ces prédictions ne se sont pas réalisées. L'économie russe a réalisé une croissance de 3,6% en 2023 et 3,2% en 2024. Comment expliquer cette résilience ?
L'économie de guerre : une transformation réelle
La Russie a massivement redirigé ses ressources vers la production militaire. Les dépenses de défense représentent désormais près de 7% du PIB — un niveau qui rappelle les années soviétiques. Les usines d'armement tournent à pleine capacité, avec trois équipes par jour. Cette mobilisation industrielle a créé des emplois et soutenu la demande intérieure — un paradoxe keynésien de guerre que les sanctions n'avaient pas anticipé.
« La Russie est entrée dans une économie de guerre. Ce n'est pas soutenable indéfiniment, mais ça peut durer bien plus longtemps que ce qu'espèrent les Occidentaux. » — Alexandra Prokopenko, Carnegie Berlin, 2025
Les coûts cachés : inflation, main-d'œuvre, technologie
Les fragilités de l'économie russe sont réelles mais différées. L'inflation dépasse 8% et la Banque centrale a dû porter son taux directeur à 21% — un niveau qui étrangle le crédit privé. Les pertes humaines au front créent une pénurie de main-d'œuvre sans précédent : le chômage est au plus bas, mais pour les mauvaises raisons. Et les sanctions technologiques commencent à mordre : la production de certains équipements militaires sophistiqués est limitée par l'absence de composants électroniques occidentaux.