Le 16 septembre 2023, le Mali, le Burkina Faso et le Niger annoncent la création de l'Alliance des États du Sahel (AES), une confédération trilatérale fondée sur un principe de défense mutuelle. Quelques mois plus tard, ils annoncent leur retrait de la CEDEAO — la communauté économique régionale qui regroupe quinze États ouest-africains. Ce double mouvement constitue la rupture géopolitique la plus significative en Afrique de l'Ouest depuis les indépendances.
La fondation de l'AES : urgence ou projet ?
L'AES est née d'abord d'une nécessité défensive. Les trois juntes, confrontées à des sanctions de la CEDEAO et à une pression internationale croissante, avaient besoin d'un cadre juridique pour mutualiser leur défense et légitimer leur rupture avec les institutions régionales existantes. En juillet 2024, elles franchissent une étape supplémentaire en annonçant la création d'une Confédération — une structure potentiellement plus intégrée.
« L'AES ressemble pour l'instant à un club de juntes qui se protègent mutuellement. La question est de savoir si elles ont la volonté et la capacité d'en faire autre chose. » — Niagalé Bagayoko, présidente du réseau africain du secteur de la sécurité, 2024
Les fondements économiques : entre potentiel et dépendance
Les trois pays de l'AES disposent de ressources naturelles considérables : or au Mali et au Burkina Faso, uranium au Niger — dont la France dépend pour 15% de sa production électrique nucléaire. Mais ces richesses n'ont historiquement profité qu'à une minorité. La rupture avec la CEDEAO a des coûts économiques réels : les échanges intra-régionaux représentaient une part significative de leurs économies, et l'accès aux ports côtiers pour les pays enclavés est vital.