Le Sahel brûle. Depuis le coup d'État au Mali en 2021, au Burkina Faso en 2022 et au Niger en 2023, trois pays ont chassé les forces françaises, rompu leurs accords de défense avec Paris et se sont tournés vers Moscou et ses mercenaires Wagner. Mais réduire la crise sahélienne à un simple changement d'alliances serait passer à côté de l'essentiel.
Le retrait français et ses conséquences
L'opération Barkhane, déployée depuis 2014 avec jusqu'à 5 500 soldats, n'a pas réussi à neutraliser durablement les groupes jihadistes — JNIM et État islamique au Grand Sahara — qui contrôlent aujourd'hui de larges portions du territoire malien, burkinabè et nigérien. Son retrait n'a pas créé l'instabilité : il a révélé une instabilité qui existait déjà.
L'effondrement de la légitimité des États
Les juntes militaires qui ont pris le pouvoir se sont appuyées sur un discours anti-français populaire pour légitimer leurs coups d'État. Mais la popularité initiale se heurte à l'incapacité à améliorer concrètement la sécurité. Le groupe Wagner — rebaptisé Africa Corps depuis la mort de Prigojine en août 2023 — n'a pas résolu les problèmes structurels : il a ajouté une couche de violence supplémentaire en documentant de nombreuses exactions contre les populations civiles.
« Le problème du Sahel n'est pas militaire. C'est la faillite d'un modèle d'État qui n'a jamais réussi à intégrer ses périphéries — géographiques, ethniques, économiques. » — Gilles Holder, anthropologue, CNRS, 2024
La bombe démographique et la crise climatique
Le Niger a le taux de fécondité le plus élevé au monde : 7,1 enfants par femme. La population du Sahel devrait doubler d'ici 2050. Or les terres arables se réduisent sous l'effet de la désertification — le lac Tchad a perdu 90% de sa superficie en soixante ans. Cette équation — plus de bouches à nourrir, moins de terres productives — alimente une compétition violente entre agriculteurs et éleveurs que les groupes jihadistes savent instrumentaliser.
Trois trajectoires pour le Sahel à horizon 2030
Le premier scénario est celui de la fragmentation continue : les États perdent progressivement le contrôle de nouvelles zones, les populations se déplacent vers les villes côtières et les pays voisins, et le Sahel devient une zone grise permanente. Le deuxième est celui d'une stabilisation autoritaire par les juntes, soutenues par Wagner et la Chine, au prix des libertés civiles. Le troisième — le moins probable à court terme — est celui d'une refondation politique réelle : révision des pactes sociaux, intégration des périphéries, réforme de la gouvernance des ressources naturelles.