Depuis 2015, l'Union européenne a fait le choix de l'externalisation : plutôt que de gérer les flux migratoires à ses frontières, elle finance des pays tiers pour les contenir avant qu'ils n'atteignent la Méditerranée. La Turquie, la Libye, le Maroc, la Tunisie — ces pays sont devenus les gardiens externalisés d'une frontière que l'Europe ne veut pas assumer directement.

Chapitre I · La route méditerranéenne centrale

Chiffres et réalités d'une traversée mortelle

La Méditerranée centrale — entre la Libye, la Tunisie et l'Italie — reste la route migratoire la plus meurtrière au monde. L'Organisation internationale pour les migrations estime qu'entre 2014 et 2025, plus de 25 000 personnes y ont péri. Les chiffres des arrivées fluctuent selon les accords conclus avec les pays de départ : quand Rome signe un accord avec Tunis, les départs tunisiens baissent et les départs libyens augmentent.

« La politique migratoire européenne est fondée sur une illusion : qu'on peut arrêter les migrations sans s'attaquer à leurs causes. C'est comme vouloir assécher une mer avec un seau. » — François Gemenne, Université de Liège, 2024
Chapitre II · Les partenaires fragiles

La Tunisie sous pression

La Tunisie de Kaïs Saïed est devenue un partenaire clé après la signature d'un mémorandum avec l'UE en juillet 2023. En échange d'un soutien financier substantiel, Tunis s'engage à contenir les départs depuis ses côtes. Mais le régime tunisien instrumentalise ce levier migratoire dans ses négociations avec l'Europe, et la stabilité politique du pays reste incertaine.

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Nasser AL SABRI
Directeur · International Threat Analysis Bureau (ITAB)

Analyste en géopolitique, anthropologie politique et relations internationales. Dirige l'ITAB, bureau indépendant d'analyse des menaces internationales.