L'Union européenne repose sur un paradoxe fondateur : elle est une union de souverainetés qui consent à déléguer une partie de sa souveraineté à des institutions communes. Pendant des décennies, ce paradoxe a été géré par un consensus politique suffisamment large pour fonctionner. L'émergence de gouvernements explicitement souverainistes en Hongrie et en Pologne, puis leur imitation partielle dans d'autres États membres, met ce consensus à l'épreuve comme jamais auparavant.
La Hongrie : laboratoire du souverainisme européen
Viktor Orban a remporté quatre élections législatives consécutives et a profondément transformé l'architecture institutionnelle hongroise : réforme de la Constitution, contrôle de la justice, muselage de la presse indépendante. Le tout en restant membre de l'UE et en touchant les fonds structurels européens — une contradiction que Bruxelles n'a résolue qu'en 2022, en gelant partiellement les fonds. Orban a démontré qu'on pouvait démanteler l'État de droit depuis l'intérieur de l'UE, lentement, légalement, élection après élection.
« L'illibéralisme européen n'est pas une importation extérieure. Il pousse de l'intérieur, nourri par des frustrations réelles envers une technocratie bruxelloise perçue comme lointaine et élitiste. » — Ivan Krastev, Institut des sciences humaines, Vienne, 2024