Depuis la fin de la guerre froide, les États-Unis ont exercé une hégémonie sans précédent dans l'histoire — la «Pax Americana». Mais en 2026, cette hégémonie est ouvertement contestée. La Chine est la 2e économie mondiale. La Russie défie militairement l'Occident en Ukraine. L'Inde refuse de choisir entre Washington et Moscou. Les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) ont accueilli six nouveaux membres en 2024. La question n'est plus de savoir si l'ordre unipolaire est terminé — il l'est visiblement. La question est de savoir ce qui vient après.
Les nouveaux pôles de puissance
Quatre pôles de puissance distincts sont en train de se cristalliser. Les États-Unis restent la puissance militaire et technologique dominante — mais leur capacité à imposer leur volonté diminue. La Chine est devenue la première puissance économique en parité de pouvoir d'achat et la première marine du monde. L'Union européenne constitue le plus grand marché unique du monde, avec une capacité normative (standards, réglementations) sans équivalent. L'«axe du refus» (Russie, Iran, Corée du Nord, Venezuela) constitue un pôle de résistance à l'ordre occidental, uni par l'opposition à Washington plus que par des valeurs communes.
« La multipolarité n'est pas l'harmonie des nations. C'est un retour à la compétition de puissance classique — avec des armes nucléaires. C'est plus dangereux que l'unipolarité, pas moins. » — Charles Kupchan, Georgetown University, 2024
La multipolarité sans règles : le vrai danger
L'unipolarité américaine avait un défaut évident : l'arbitraire. Mais elle avait un avantage : une puissance dominante capable d'imposer des règles, même si ces règles lui profitaient. La multipolarité émergente, elle, manque de gouvernance. Qui fixe les règles du commerce mondial quand Washington et Pékin ne s'accordent plus ? Qui garantit la sécurité maritime quand ni l'un ni l'autre ne veut en assumer seul le coût ? La multipolarité sans institutions solides, c'est le retour à la politique de puissance nue des XIX et XXe siècles — mais avec des armes nucléaires.