Les chiffres sont vertigineux. En 2050, l'Afrique comptera 2,5 milliards d'habitants — soit un quart de la population mondiale. Neuf des dix pays à la croissance démographique la plus rapide sont africains. Le continent détient 40% des réserves mondiales de cobalt, 30% du lithium, 90% du platine, 60% des terres arables non exploitées. L'âge médian africain est de 19 ans — quand l'Europe est à 44 ans et le Japon à 48. Les données structurelles plaident pour une montée en puissance africaine. Mais les données structurelles ne suffisent pas.

2,5 Md
habitants en 2050 (1/4 de la planète)
60%
terres arables non exploitées mondiales
40%
des réserves mondiales de cobalt
19 ans
âge médian africain (vs 44 ans en Europe)
Les atouts réels

La richesse en ressources critiques pour la transition énergétique

La transition vers l'énergie verte a transformé la valeur stratégique du sous-sol africain. Le cobalt du Congo (70% de la production mondiale) est indispensable aux batteries de véhicules électriques. Le lithium du Zimbabwe et de la RDC. Le cuivre de Zambie. Les terres rares du Malawi et du Madagascar. Ces ressources — dont le monde riche est massivement dépendant — confèrent aux États africains qui les possèdent un levier de négociation sans précédent. À condition qu'ils choisissent de l'utiliser.

« L'Afrique a tout ce dont le monde a besoin pour sa transition énergétique. La question est de savoir si les Africains tireront le bénéfice de ces richesses ou si elles seront, comme par le passé, exportées à l'état brut pour enrichir d'autres. » — Carlos Lopes, ancien secrétaire exécutif de la Commission économique pour l'Afrique (ONU), 2024
Les obstacles

Gouvernance, éducation et infrastructure : les trois défis

Le potentiel démographique africain n'est un atout que si la population jeune est éduquée, en bonne santé et employable. Or les systèmes éducatifs et de santé restent largement insuffisants. La corruption institutionnelle détourne les ressources de l'investissement public. Les conflits armés (Sahel, Soudan, RDC, Éthiopie) détruisent le capital humain et physique. Et la «malédiction des ressources» — le paradoxe selon lequel les pays les plus riches en matières premières tendent à être les plus mal gouvernés — guette les économies africaines.

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Nasser AL SABRI
Directeur · International Threat Analysis Bureau (ITAB)

Analyste en géopolitique, anthropologie politique et relations internationales. Dirige l'ITAB, bureau indépendant d'analyse des menaces internationales.