Il y a quelque chose d'irréductible dans un film qui vous regarde depuis l'intérieur de son propre monde. Quand Mati Diop reçoit le Grand Prix à Cannes pour Atlantique, quand RaMell Ross est sélectionné à Venise pour Nickel Boys, quand Nollywood produit 2 500 films par an pour une audience de 300 millions de spectateurs — quelque chose se déplace dans la géographie mondiale de l'imaginaire.
Ce déplacement n'est pas seulement esthétique. Il est profondément politique. Pendant des décennies, le continent africain a été l'objet des regards extérieurs — documentaires de misère, films d'aventure coloniaux, fictions humanitaires qui réduisaient des civilisations millénaires à leurs manques. Le cinéma africain contemporain retourne cet appareil et impose son propre regard.
La question de la distribution
Le principal obstacle au cinéma africain n'est pas la création — c'est la distribution. La structure oligopolistique du marché international de la distribution cinématographique avantage massivement les productions hollywoodiennes. Netflix et Amazon Prime ont partiellement rompu cet obstacle en investissant dans des contenus africains, mais leur logique algorithmique tend à favoriser des productions formatées pour un public mondial plutôt que des œuvres ancrées dans leurs contextes d'origine.
Nollywood comme modèle industriel
Le cas nigérian est exemplaire d'une voie alternative. En refusant de dépendre des circuits de financement et de distribution occidentaux, Nollywood a construit un modèle industriel endogène, ancré dans les réalités économiques et culturelles locales. Ses films se vendent sur les marchés, circulent par DVD, se diffusent sur des plateformes régionales. Ils racontent des histoires auxquelles 300 millions de personnes se reconnaissent.