Note de la rédaction : Cet article exprime le point de vue de ses auteurs et ne reflète pas nécessairement la position éditoriale de geopolô.

Depuis une décennie, le constat est devenu un lieu commun des relations internationales : l'ordre libéral — cet assemblage d'institutions multilatérales, de normes commerciales, de règles de droit international et de présupposés idéologiques construit après 1945 — est en crise profonde. Les faits sont là : veto russe et chinois paralysant le Conseil de sécurité, retrait américain des accords commerciaux, montée des puissances révisionnistes, érosion de la démocratie dans des États jadis considérés comme modèles.

Ce constat est juste. Ce qui est moins souvent dit, c'est qu'il ne suffit pas. Constater la mort de l'ordre libéral sans s'interroger sur ce qui le remplace, c'est confondre le diagnostic avec le traitement. Or le vide normatif qui se creuse sous nos yeux n'est pas neutre — il n'est pas simplement l'absence d'ordre, il est une invitation à des ordres alternatifs dont certains méritent d'être examinés avec davantage que de la nostalgie pour ce qui précédait.

Le multilatéralisme à géométrie variable

Ce qui émerge n'est pas le chaos que certains redoutent, ni le nouvel ordre multipolaire harmonieux que d'autres espèrent. C'est quelque chose de plus complexe et de moins confortable : un système de coalitions ad hoc, d'accords bilatéraux, de normes sectorielles négociées entre groupes d'États partageant des intérêts spécifiques.

Ce multilatéralisme à géométrie variable est inefficient, inégal, souvent injuste envers les États les plus faibles. Mais il présente un avantage que l'ordre libéral perdait progressivement : il ne prétend pas à une universalité qu'il ne peut plus incarner.