En 2026, le Sahel est devenu l'épicentre mondial du jihadisme. Les groupes armés liés à al-Qaïda (JNIM — Groupe de Soutien à l'Islam et aux Musulmans) et à l'État islamique (EIGS) contrôlent des territoires plus étendus qu'en 2020, malgré des années d'opérations militaires françaises, américaines, européennes (EUTM) et nationales. Le nombre de victimes civiles atteint des records. Et l'espoir de stabilisation que certains plaçaient dans les juntes militaires et dans Wagner s'est révélé illusoire.

Pourquoi ça empire

Cinq raisons pour lesquelles le Sahel s'enfonce

1. L'échec du modèle sécuritaire. Ni la présence française (14 000 soldats en pic), ni Wagner, ni les armées nationales n'ont réussi à neutraliser durablement les groupes jihadistes. Les opérations militaires éliminent des leaders, mais les mouvements se reconstituent — alimentés par des griefs sociaux que les armes ne résolvent pas.

2. La concurrence entre groupes jihadistes. La rivalité entre JNIM (al-Qaïda) et EIGS (État islamique) pour le contrôle territorial a paradoxalement intensifié la violence : chaque groupe tente de surenchérir sur l'autre en termes de brutalité et de territoire contrôlé.

3. L'implosion des États. Les trois coups d'État du Mali, Burkina Faso et Niger ont détruit des structures étatiques déjà fragiles. Les juntes au pouvoir consacrent leurs ressources à leur survie politique plus qu'à la lutte contre l'insurrection.

40%
du territoire malien hors contrôle gouvernemental
8 000+
civils tués en 2024 (record)
2,5 M
déplacés internes au Sahel
3
coups d'État en 2 ans dans la zone
« Wagner a promis la sécurité et a apporté la brutalité. Les civils ont souffert des deux côtés : des jihadistes ET de Wagner. Cela a aggravé les griefs au lieu de les résoudre. » — Andrew Lebovich, ECFR, 2024
N
Nasser AL SABRI
Directeur · International Threat Analysis Bureau (ITAB)

Analyste en géopolitique, anthropologie politique et relations internationales. Dirige l'ITAB, bureau indépendant d'analyse des menaces internationales.